Dominique Grimaud (aka Grimo)
 
BIOGRAPHIE
 
 

1950

Je suis né cinq années après la fin de la seconde guerre mondiale. Grands-pères, ouvrier boulanger, cheminot, militants communistes. Grands-mères en usine, en atelier, nourrice. Une des deux un peu magnétiseuse. Père ouvrier mécanicien et mère couturière, puis femme de ménage. Aucun doute possible, j'appartiens à la classe ouvrière et je n'en suis pas peu fier.

La musique n'est pas présente dans ma famille, excepté quelques chansons entendues à la radio (Dalida, Bourvil, Gilbert Bécaud...) Néanmoins, dans le village de mes grand-parents réside la chanteuse Marie Dubas (principale inspiration d'Edith Piaf). Plus tard, j'ai compris pourquoi ma grand-mère était si fière de saluer la grande dame, lorsqu'on la croisait dans le village. On n'expliquait pas trop aux enfants à l'époque. Une autre fois, le gamin curieux que j'étais, a droit aux sourires bienveillants et aux poignées de mains de Georges Jouvin et de sa chanteuse Dominique, deux stars de la musique populaire des années cinquante. J'ignore si ces deux petites anecdotes ont eu une quelconque influence sur moi, en tous les cas ce sont de bons souvenirs, contrairement aux trois années de cours de solfège auquel ma mère m'avait inscrit et où je réussis à strictement rien apprendre tellement cela m'ennuyait.

Chez Picassiette vers 1957
Chez Picassiette, 1957,
avec mon pa
pa et mon grand-frère

Par contre, je suis émerveillé par des visites de la maison Picassiette et l'approche de son créateur Raymond Isidore. Il est plus que probable que cette figure essentielle de l'Art Brut a eu une influence forte sur moi et explique certainement ma préférence pour les pratiques autodidactes et hors des sentiers battus.

1969

Fan de pop, de rock et de british-blues, j'assiste à une soirée dans les anciennes Halles de Paris désaffectées. Un cocktail de musiques détonnantes et étonnantes. Pop française et anglaise avec L'Ame Son et The Pretty Things, country-blues avec les vétérans Brownie McGhee et Sonny Terry, free-jazz avec Earl Freeman et Kenneth Terroade, bruit anarchique et libertaire avec Red Noise. Cette soirée me révèle qu'il était possible de brancher une flûte traversière sur une pédale whawha, descendre de la scène avec une cymbale et fendre la foule en tapant dessus comme un possédé, faire hurler une guitare électrique en laissant libre court à l'effet feedback sans aucune retenue. Que tout cela était réjouissant et même jouissif.

1970 / 1973

Entrainé par la fougue de Jacky Dupety, un ex-étudiant de l'Ecole des Arts Appliqués, qui fut viré en mai 1968, je fais parti d'un groupe d'improvisation musicale, flirtant méchamment avec le happening. Nous commençons tout de suite à nous produire localement. Nous avons l'honneur de rencontrer Patrick Vian, leader du groupe Red Noise, qui m'avait tant marqué en concert, quelques mois auparavant. J'expérimente avec plus ou moins de bonheur (surtout moins) la flûte traversière, la contrebasse, l'alto, une cithare auto-construite, etc.

1974 / 1975

Je trouve enfin la lutherie qui me convient, d'abord un petit synthétiseur Korg, bientôt heureusement complété par un merveilleux Synthi AKS. Cinq années après ses débuts, Camizole réussi enfin à atteindre une audience nationale, sous la forme d'un duo de musique électronique. Nous sommes cet été-là de presque tous les festivals indépendants organisés dans l'hexagone. Klaus Schulze désire produire notre album, mais le duo se sépare et le projet en restera là. Un extrait sera publié en 2007 dans la compilation Musiques Electroniques en France 1974-1984 chez Muséa-Gazul, puis la totalité de l'enregistrement sur support cassette en 2015 chez Ar(t)chiv'.

1976 / 1978

Camizole reformé sous la forme d'un quintette, fait quelques rencontres déterminantes : Étron Fou Leloublan, Chris Cutler de Henry Cow, Gilbert Artman de Lard Free... Puis, connait, en quatuor, très certainement sa période la plus intéressante, nous enregistrons un album et fusionnons avec Lard Free pour nos quatre derniers concerts. Parallèlement, j'édite Un Certain Rock (?) Français, deux fanzines consacrés aux musiciens issus de l'agitation musicale post-68. Soutenus par Chris Cutler et abondamment chroniqués dans la presse, les deux ouvrages marquent les esprits et seront durant trois décennies les seuls ouvrages disponibles sur le sujet.

 

Avec Camizole, concert à St Cloud, 1977
Avec Camizole, concert
à St Cloud, 1977

1979 /1981

Avec le synthi AKS, vers 1984
Avec le synthi AKS, 1984

Après l'aventure Camizole, je désire prendre une direction opposée à nos improvisations jusqu'au- boutistes, en me consacrant uniquement à l'enregistrement. Avec Monique Alba, nous enregistrons des bases musicales principalement avec le Synthi AKS et nous entrons en studio avec quatre musiciens rencontrés dans les deux dernières années et qui avaient tous déjà une bonne expérience de la scène et du studio : Guigou Chenevier, Gilbert Artman, Cyril Lefebvre et Jean-Pierre "Verto" Grasset.

L'album Musiques pour Garçons et Filles de Vidéo-Aventures sort sur le label Recommended Records dirigé par Chris Cutler. Il est très bien accueilli par la presse anglaise et se classe second, en mai 1981, dans les charts des musiques indépendantes du New Musical Express. Il est chroniqué également au Japon, en Hollande et dans la presse française.

1982 / 1984

 

Vidéo-Aventures enregistre son second album. Jac Berrocal se joint à l'équipe, presque la même que celle de l'album précédent. Caméra (in focus / Camera (al riparo) sort en 1984 sur le label français Tago Mago. Mieux enregistré et mieux produit que le précèdent, grâce aux talents et à l'esprit d'inventivité de Daniel Deshays et Gilbert Artman (j'apprendrai beaucoup de celui-ci.) l'album rencontre cependant un accueil un peu moins enthousiaste.

Avec Jac Berrocal. le 31 décembre 1981. Séances d'enregistrement de "Camera"
Avec Jac Berrocal. 31 décembre 1981. Séance d'enregistrement de "Camera"

1985 / 1991

Nous participons à plusieurs compilations sur vinyles et cassettes (France, Japon, Allemagne, Hollande) Les enregistrements sont réalisés à la maison (ce sont les débuts du home studio) et l'instrumentation intègre un échantillonneur de la première génération. Nous donnons quelques concerts en duo avec un dispositif imposant (et compliqué) de projections de diapositives. Puis sort sur le label ADN (Recommended Records Italia) Moonbean Movies, dernier projet de Vidéo-Aventures, douze courts-métrages sonores en hommage au 7ème Art, sous la forme d'un boitier VHS contenant deux cassettes audio.

1992 / 1995

Il peut sembler curieux qu'un adepte de musiques improvisées, électroniques et samplées puisse se passionner pour le country-blues. C'est oublier que les artistes qui ont pratiqué ces musiques, qui sont aussi et tour à tour, vagabonds, prêcheurs, ouvriers agricoles, prisonniers, etc. ont eu à leur époque des pratiques hautement modernes et innovatrices. Et chacun sait qu'ils sont une branche essentielle de l'arbre généalogique des musiques actuelles.


En 1994, époque "Peach Cobbler"
En 1994, époque "Peach Cobbler"

J'achète une antique National steel guitar, découvre les multiples façons différentes d'accorder une guitare et crée avec Sue Garner, la chanteuse bassiste du trio américain Fish and Roses, de Rick Brown, batteur du même groupe et Monique Alba un quatuor franco-américain. L'album, en grande partie acoustique, enregistré à New York et en France, sort en 1995 sur Ajax un label de Chicago. Il est chroniqué dans la presse alternative américaine et dans Les Inrockuptiles en France. Durant ces années, je participe également aux projets emmenés par Gilbert Artman (concerts d'Urban Sax et Urbi Flat en Allemagne, Espagne, Italie, Belgique, Canada, Liban...) et au théâtre musical de Guigou Chenevier : Le Diapason du Père Ubu.

1998 - 2001

 

Après ces expériences de groupes, je me sens de plus en plus attiré par l'expérience solo, où je serais totalement responsable de l'éventuelle réussite ou échec d'un projet. Cela prend d'abord la forme d'une installation sonore, dont le titre joue sur le double sens du mot Slide (technique consistant à jouer de la guitare avec un bootleneck et terme nommant les diapositives).


Diapason du Père Ubu (1992).
Diapason du Père Ubu (1992).
Photo : Claude Philippot


Installation Slide, Rennes, 2001
Installation Slide, Rennes, 2001

Sans préméditation, l'installation prend des allures de camp nomade amérindien, dans lequel j'invite des musiciens à improviser. L'album sort sur le label Vand'Oeuvre avec 13 invités venu d'horizons divers (Guigou Chenevier, Pascal Comelade, Michel Doneda, Laurent Dailleau...) il allie à la fois improvisation et travail en studio.

 

2002 / 2003

Le véritable travail en solitaire se réalise avec les deux albums suivants et les prestations scéniques données à partir de ces années-là. Les albums Les Quatre Directions et Rag-Time sont basés sur la même instrumentation, principalement l'utilisation des microsillons, complétés par la guitare électrique et le retour du synthétiseur. Le premier, un hommage à la "philosophie" amérindienne, a l'honneur de sortir sur Locust Music, de nouveau un label de Chicago.

Le second est franchement orienté vers un esprit pataphysicien et sort sur le label français In-Poly-Sons. Pierre Bastien enthousiasmé par celui-ci me propose d'enregistrer en duo une suite à cet album. C'est ainsi que Rag Time vol. 2 enregistré avec le génial créateur du Mécanium parait quelques temps plus tard, toujours bien sûr, chez In-Poly-Sons. Nous faisons quelques concerts, dont un au Mexique. Les Discônes est une autre approche concertant le microsillon, sous la forme d'une installation très colorée, disons : electro kitsch !


Photo du livret du cd Rag-Time (2003)
Photo du livret du cd Rag-Time (2003)

2004 / 2008

Bernard Gueffier du label Muséa me propose de travailler sur des musiques jamais rééditées en CD. Je m'inspire des fameuses séries et compilations consacrées aux vétérans du blues pour créer la collection Les Zut-O-Pistes qui édite, au rythme d'environ deux sorties par an, des enregistrements inédits, des albums devenus rares ou des compilations à thèmes. D'autre part, Eric Deshayes, responsable du site Neosphères me propose de réaliser en duo, un ouvrage consacré aux "maquis sonores français". L'Underground Musical en France parait aux éditions Le Mot et le Reste l'année suivante. S'ensuit des conférences dans divers lieux culturels. Ainsi, j'ai l'opportunité de continuer ce travail de passionné et de militant commencé trente ans plus tôt avec les deux petits ouvrages Un Certain Rock (?) Français.

2009 / 2011

Grâce à Marie-Pierre Bonniol, j'ai la chance de rencontrer et jouer avec des jeunes musiciens, tel David Fenech ou Christophe Petchanatz alias Klimperei. Celui-ci me propose d'enregistrer un album en duo guitares. (radiolaires) sort sur le label américain Acidsoxx. Puis, toujours désireux de nouvelles aventures musicales, je reviens vers l'électronique avec un duo Moog synthesizer et batterie en compagnie de Véronique Vilhet, une ex-Johnny Be Crotte et ex-Royal de Luxe... (à suivre...)

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